Le patrimoine des ménages suisses continue de croître en 2025.
30/04/2026
Finance
En 2025, la hausse du patrimoine des ménages en Suisse s’explique surtout par trois moteurs mesurables: la rémunération de l’épargne (taux plus élevés qu’en 2021–2022), la valeur des portefeuilles (actions/ETF) et le maintien de prix immobiliers globalement élevés malgré des disparités régionales. Concrètement, la question n’est pas “faut-il se réjouir”, mais “comment empêcher que cette progression se transforme en hausse d’impôts et en perte de rendement net”, car l’impôt sur la fortune et l’imposition du revenu de la fortune (intérêts, dividendes) augmentent mécaniquement avec la valeur des actifs. Premier levier immédiat: pilier 3a (préparation retraite, déduction fiscale directe). En 2025, le versement maximal déductible est de 7’056 CHF pour une personne avec 2e pilier (salarié LPP). Pour un indépendant sans 2e pilier, la déduction est de 20% du revenu net, plafonnée à 35’280 CHF. Exemple pratique: un contribuable à Lausanne (Vaud) avec 120’000 CHF de revenu imposable et un taux marginal global (impôt fédéral direct + cantonal/communal) réaliste autour de 30% économise environ 2’100 CHF d’impôts en versant 7’056 CHF avant le 31.12.2025. Si le couple verse chacun le maximum (2 × 7’056 CHF), l’économie peut dépasser 4’000 CHF selon la commune et le barème. Astuce mesurable: ouvrir 2 à 3 comptes 3a et échelonner les retraits sur plusieurs années réduit la progression du taux lors de l’impôt séparé sur les prestations en capital; l’écart de charge fiscale peut atteindre 500 à 2’000 CHF (voire plus) selon canton et montant retiré. Deuxième levier: amortissement indirect et déductibilité des intérêts hypothécaires. Les intérêts passifs restent déductibles, ce qui rend l’optimisation du financement cruciale quand le patrimoine immobilier augmente. Scénario: une propriétaire à Fribourg avec une hypothèque de 700’000 CHF. À 1.8% d’intérêt moyen, cela fait 12’600 CHF d’intérêts annuels déductibles. Si elle amortit directement 20’000 CHF, l’intérêt déductible baisse d’environ 360 CHF/an (à 1.8%), ce qui augmente l’impôt. En amortissement indirect via 3a (quand admissible), elle maintient la déduction d’intérêts tout en déduisant le 3a: double effet. Le gain fiscal annuel combiné se chiffre souvent entre 800 et 2’500 CHF selon revenu, canton et niveau d’endettement. Attention: comparer systématiquement avec l’imposition de la valeur locative (toujours en vigueur en 2025 dans la pratique courante), car la déduction des intérêts/entretien se compense partiellement avec cette imposition. Troisième levier: pilier 2 (rachats LPP) pour lisser la progression et réduire l’impôt fédéral direct. Un rachat de 10’000 CHF est en principe déductible du revenu imposable (si capacité de rachat attestée par la caisse). Exemple: un salarié à Zurich avec 150’000 CHF de revenu et une capacité de rachat de 40’000 CHF effectue 10’000 CHF en 2025: économie d’impôt typique 2’500 à 3’500 CHF (fortement dépendante du barème communal). Point de vigilance chiffré: après un rachat, les retraits en capital du 2e pilier sont limités pendant 3 ans (risque de reprise fiscale). Si vous prévoyez un retrait pour achat immobilier, planifiez le calendrier avant de racheter. Quatrième levier: maîtriser l’impôt sur la fortune, très cantonal. Il ne suffit pas de “détenir plus”, il faut surveiller le seuil où la facture grimpe. À Genève, l’impôt sur la fortune est réputé élevé; à Schwytz ou Nidwald, il est nettement plus bas. Même sans changer de canton, vous pouvez agir sur l’assiette imposable: (1) déclarer correctement les dettes (hypothèques, crédits lombards) qui se déduisent de la fortune taxable; (2) éviter de laisser des montants importants non investis sur comptes courants si votre stratégie cible le long terme; (3) vérifier la valeur fiscale des titres (cours fiscal ESTV) et des biens immobiliers (valeur fiscale/cadastrale), car une erreur de déclaration de 50’000 CHF de fortune peut coûter quelques dizaines à quelques centaines de CHF/an selon le canton, et plus avec intérêts de rappel. Cinquième levier: rendement net après impôt sur le revenu de la fortune. En Suisse, les gains en capital privés sur titres sont généralement exonérés, mais les dividendes et intérêts sont imposables (impôt fédéral direct et cantonal). Exemple: 100’000 CHF placés à 3% d’intérêt génèrent 3’000 CHF imposables; pour un contribuable à Berne avec un taux marginal de 28%, l’impôt supplémentaire est d’environ 840 CHF/an. Sur actions suisses, la retenue d’impôt anticipé de 35% est récupérable si la déclaration est complète et dans les délais; une omission de dividendes peut entraîner la perte du remboursement et un rappel d’impôt. Action concrète: rapprocher systématiquement certificats fiscaux et relevés bancaires avant dépôt, et contrôler que chaque ligne soumise à l’impôt anticipé figure dans la déclaration. Sixième levier: planification familiale et déductions “à fort effet”. Selon canton, les primes d’assurance maladie (LAMal) sont déductibles jusqu’à un plafond; les frais de garde d’enfants et certaines améliorations énergétiques du logement sont aussi déductibles. Exemple type: un couple à Bâle-Ville avec 2 enfants et 25’000 CHF de frais de crèche peut n’en déduire qu’une partie selon le plafond cantonal; optimiser en répartissant gardes, justificatifs et périodes fiscales peut faire varier l’économie de plusieurs centaines à plus de 1’500 CHF. Pour rénovations énergétiques (isolation, pompe à chaleur), la possibilité d’étaler sur 2 périodes fiscales quand les montants sont élevés permet souvent de “casser” la progressivité: un chantier de 40’000 CHF réparti 20’000/20’000 peut réduire l’impôt total de 1’000 à 3’000 CHF selon revenu et canton, comparé à une déduction concentrée sur une seule année où une partie “ne sert pas” faute de revenu imposable suffisant. À retenir pour transformer la hausse de patrimoine en enrichissement net: versement 3a avant le 31.12 (jusqu’à 7’056 CHF ou 35’280 CHF), rachats LPP planifiés (en tenant compte du blocage de 3 ans), amortissement indirect quand il est fiscalement rationnel, déclaration complète pour récupérer l’impôt anticipé de 35%, et pilotage actif de l’assiette de fortune (dettes déductibles, valeurs fiscales correctes). Dans la plupart des dossiers, ces mesures combinées génèrent une économie réaliste de 1’500 à 7’000 CHF par an, parfois davantage pour les hauts revenus ou les patrimoines immobiliers importants, tout en sécurisant la conformité vis-à-vis de l’impôt fédéral direct et des impôts cantonaux/communaux.