La baisse du coefficient appliqué aux seuils sur les avoirs à vue signifie, concrètement, qu’une plus grande part des soldes que les banques détiennent à la BNS passe plus vite au-dessus du seuil exonéré et se retrouve soumise au taux d’intérêt négatif (ou, selon le régime en vigueur, à une rémunération moins favorable). Pour une entreprise ou un particulier fortuné, l’effet n’est pas “macro”: il peut se traduire par des frais bancaires plus élevés sur les liquidités en CHF, et donc par un arbitrage à faire entre garder du cash, amortir une dette, ou investir avec une meilleure efficience fiscale en Suisse.
Les banques déterminent généralement un “seuil” (souvent basé sur les dépôts stables) au-delà duquel elles répercutent un coût sur les grands dépôts. Exemple réaliste: une PME genevoise qui conserve en moyenne 2’000’000 CHF de trésorerie sur ses comptes courants. Si la banque appliquait auparavant des frais de -0,75%/an au-delà d’un seuil interne de 1’500’000 CHF, le coût annuel était d’environ 0,75% × (2’000’000 − 1’500’000) = 3’750 CHF. Si, après ajustement des seuils, le seuil effectif tombe à 1’000’000 CHF, le coût passe à 0,75% × 1’000’000 = 7’500 CHF. Impact mesurable: +3’750 CHF/an, soit l’équivalent de plusieurs mois de frais bancaires classiques. C’est typiquement ce genre d’augmentation “silencieuse” qui justifie une optimisation cash + fiscalité.
Côté particuliers, la répercussion apparaît souvent dès 250’000 à 500’000 CHF de liquidités selon les établissements, parfois plus bas pour les sociétés immobilières. Scénario: un contribuable à Lausanne avec 350’000 CHF sur compte, un salaire de 120’000 CHF et aucun rachat LPP effectué. Si la banque facture -0,40% sur la part au-dessus de 250’000 CHF, cela représente 0,40% × 100’000 = 400 CHF/an. Ce n’est pas énorme, mais c’est un signal: laisser dormir du cash non rémunéré (voire pénalisé) peut coûter, alors qu’il existe des leviers fiscaux suisses chiffrables.
Le levier le plus direct et mesurable est le 3e pilier lié (pilier 3a). En 2025, le plafond de versement est de 7’056 CHF pour un salarié affilié à une caisse de pension, et jusqu’à 20% du revenu net (max. 35’280 CHF) pour un indépendant sans LPP. Pour un résident vaudois imposé à un taux marginal combiné (fédéral + cantonal/communal) typiquement entre 25% et 35% à ces niveaux de revenu, verser 7’056 CHF peut générer une économie d’impôt de l’ordre de 1’800 à 2’400 CHF, selon commune et situation familiale. Si vous subissez en parallèle 400 CHF/an de frais sur liquidités, l’arbitrage est net: déplacer 7’056 CHF du compte vers le 3a améliore souvent le résultat annuel de plus de 2’000 CHF (impôts économisés – frais bancaires évités sur le cash réduit).
Deuxième levier: les rachats dans la LPP (2e pilier). Un rachat de 20’000 CHF est fréquemment possible après une progression de carrière ou une période à temps partiel. À Genève ou Vaud, l’économie d’impôt d’un rachat de 20’000 CHF se situe souvent entre 5’000 et 8’000 CHF selon le taux marginal (et peut être encore plus marquée pour les hauts revenus). Point d’attention concret: les prestations en capital du 2e pilier et du 3a sont imposées séparément à un taux réduit lors du retrait; et il faut respecter la règle des 3 ans avant un retrait en capital après rachat, sinon déduction remise en cause. Mesure pratique: planifier un rachat sur 2–3 exercices pour lisser l’imposition et maximiser l’économie, tout en réduisant la trésorerie excédentaire pénalisée.
Troisième levier: amortir une dette plutôt que conserver du cash coûteux. Exemple: hypothèque à 1,8% sur 300’000 CHF. Si vos liquidités “rapportent” 0% et vous coûtent 0,40% au-delà d’un seuil, la comparaison économique penche souvent vers un amortissement indirect via 3a (si admissible) ou direct partiel. Attention fiscale: les intérêts hypothécaires sont déductibles, donc rembourser réduit la déduction; mais si votre taux d’intérêt net après impôt est, par exemple, 1,8% × (1 − 30%) ≈ 1,26%, et que votre cash vous coûte 0,40% (ou plus), l’écart reste significatif. Décision chiffrée: déplacer 100’000 CHF du compte vers une réduction d’endettement peut améliorer votre “carry” annuel d’environ 1’260 CHF (intérêt net évité) + 400 CHF (frais cash évités si applicables) = 1’660 CHF/an, à ajuster selon votre barème et votre banque.
Quatrième levier, très suisse: piloter la fortune imposable. La plupart des cantons taxent la fortune nette avec des barèmes progressifs (souvent quelques ‰). À titre d’ordre de grandeur, une fortune nette de 1’000’000 CHF peut entraîner un impôt sur la fortune d’environ 1’000 à 3’000 CHF/an selon canton/commune (Genève tend à être plus élevé que Zoug). Garder 500’000 CHF en liquidités augmente mécaniquement cette base taxable, alors qu’un versement dans la LPP/3a retire l’actif de la fortune imposable et peut réduire l’impôt sur la fortune de plusieurs centaines de francs par an, en plus de l’économie à l’impôt sur le revenu.
Actions immédiates (avec impact mesurable) si vous détenez plus de 250’000 CHF de liquidités en CHF:
1) Demandez à votre banque le seuil exact et le taux appliqué (ex.: -0,40% dès 250’000; -0,75% dès 1’000’000). Sur 1’000’000 CHF, l’écart entre -0,40% et -0,75% = 3’500 CHF/an.
2) Maximisez 3a (7’056 CHF) avant le 31.12: économie potentielle typique 1’800–2’400 CHF selon barème cantonal, plus réduction des frais sur cash.
3) Évaluez un rachat LPP (ex.: 20’000 CHF): économie souvent 5’000–8’000 CHF; planifiez à 3 ans d’un retrait en capital.
4) Pour les PME: mettez en place une politique de trésorerie cible (ex.: 3 à 6 mois de charges fixes) et placez l’excédent via solutions à court terme compatibles avec votre profil de risque; même une différence de 0,50% sur 1’000’000 CHF = 5’000 CHF/an.
5) Vérifiez l’optimisation AVS/indépendant: un indépendant peut verser jusqu’à 35’280 CHF en 3a (20% du revenu net), ce qui peut représenter 8’000 à 12’000 CHF d’impôt économisé selon canton, tout en réduisant des liquidités pénalisées.
Si vous me donnez votre canton/commune, votre revenu imposable approximatif et le niveau de liquidités (et si vous êtes salarié ou indépendant), je peux chiffrer une simulation avant/après (impôt fédéral direct + cantonal/communal, impact 3a/LPP, et coût bancaire estimé) avec une fourchette d’économie réaliste.