Infracore se prépare à entrer en Bourse
18/06/2026
Finance
Dans les semaines qui précèdent une introduction en Bourse, les fondateurs, cadres et actionnaires clés se heurtent presque toujours aux mêmes sujets en Suisse: impôt sur la fortune, fiscalité des gains privés vs revenus, timing du déménagement cantonal, et optimisation AVS/2e pilier/3e pilier. Une préparation fiscale rigoureuse peut éviter des écarts de plusieurs dizaines de milliers de CHF, simplement parce qu’une valorisation « papier » devient soudainement très visible et parfois taxable indirectement (fortune, charges sociales, structure de rémunération). Premier point concret: en Suisse, la vente d’actions détenues à titre privé est en principe exonérée d’impôt sur le gain en capital (contrairement à de nombreux pays), mais cette exonération tombe si l’administration requalifie la personne en « commerçant de titres ». Les critères sont factuels (fréquence des transactions, recours à l’endettement, horizon de détention, utilisation dérivée, etc.). En pratique, si un actionnaire-vendeur réalise un gros gain lors de l’IPO mais qu’il a multiplié les allers-retours, a financé l’achat par crédit lombard et réinvestit activement, le risque de requalification augmente. L’impact peut être massif: un gain de 2’000’000 CHF imposé comme revenu dans un canton à forte progressivité peut facilement se traduire par plus de 600’000 CHF d’impôts cumulés (fédéral + cantonal/communal), selon la situation familiale et la commune. L’action à prendre est mesurable: documenter une détention longue (souvent > 6 mois à 1 an), limiter l’effet de levier, éviter une activité de trading récurrente, et conserver un dossier qui justifie explicitement la gestion de fortune privée. Deuxième point: l’impôt sur la fortune devient le « coût silencieux » de l’IPO. Même si vous ne vendez rien, la valeur de marché des titres peut faire exploser la fortune imposable au 31 décembre. Exemple réaliste: un contribuable à Lausanne (Vaud) avec un revenu de 80’000 CHF, une fortune avant IPO de 150’000 CHF (liquidités + 3a + titres) paie souvent un impôt sur la fortune modéré; si, après cotation, il détient pour 3’000’000 CHF d’actions valorisées au 31.12, l’impôt cantonal/communal sur la fortune peut grimper de plusieurs milliers à plus de 10’000 CHF/an selon la commune, même sans encaisser de cash. La stratégie devient alors chiffrée: (1) planifier une vente partielle avant le 31.12 pour générer des liquidités dédiées au paiement de l’impôt; (2) vérifier si une dette déductible (p. ex. hypothèque existante) réduit la fortune taxable; (3) analyser un changement de canton avant la date de taxation. Une différence de taux de fortune entre cantons peut représenter plusieurs milliers de CHF par an dès que la fortune dépasse 1–3 millions. Troisième point: la forme de rémunération post-cotation. Les bonus en espèces sont imposés comme salaire et soumis à l’AVS (environ 10,6% au total employeur + employé; la part employé est env. 5,3% à titre indicatif). Les plans d’actions, RSU ou options peuvent aussi être imposés comme revenu au moment de l’attribution/vesting/exercice selon la structure. Dans un cas typique, un cadre à Zurich recevant une attribution de 200’000 CHF en actions restreintes peut déclencher un impôt immédiat si la condition est levée à la cotation; à un taux marginal combiné qui peut dépasser 40% pour des hauts revenus, l’impôt peut dépasser 80’000 CHF, plus charges sociales si assimilé à salaire. L’action pratique: exiger un calendrier de vesting échelonné et une politique de « sell-to-cover » (vente automatique d’une partie des titres) afin de sécuriser le cash de l’impôt. Quatrième point: utiliser les mécanismes suisses à fort rendement fiscal, avec des plafonds précis. Le 3e pilier lié (pilier 3a) est l’outil le plus simple: pour un salarié affilié à une caisse de pension, la déduction maximale est de 7’056 CHF (valeur 2024, ordre de grandeur stable), et pour un indépendant sans 2e pilier, jusqu’à 20% du revenu net avec un plafond d’environ 35’280 CHF. Sur un contribuable à Genève imposé à un taux marginal de 35–40%, verser 7’056 CHF peut économiser typiquement 2’400 à 2’800 CHF d’impôt (fédéral + cantonal/communal) selon la commune et la situation. Deuxième levier: les rachats dans le 2e pilier. Un rachat de 30’000 CHF (possible selon le certificat LPP) peut générer une économie d’impôt souvent comprise entre 8’000 et 12’000 CHF pour un haut revenu, tout en améliorant la prévoyance. Attention: si vous retirez ensuite le capital (p. ex. pour financer un logement), les rachats récents peuvent être contestés; il faut planifier sur plusieurs années. Cinquième point: le timing et les comparaisons cantonales doivent être traités comme un calendrier. En Suisse, l’assujettissement à l’impôt cantonal dépend généralement du domicile fiscal au 31 décembre. Un déménagement effectif (centre de vie, bail, inscription, etc.) peut donc changer la facture annuelle. Exemple chiffré: un actionnaire domicilié dans un canton à charge élevée déménage vers Zoug avant le 31.12 avec une fortune de 5’000’000 CHF; le différentiel de charge (revenu + fortune) peut se chiffrer en dizaines de milliers de CHF/an selon la commune et le revenu. En revanche, un déménagement « artificiel » est risqué: en cas de contestation, l’ancien canton peut réclamer l’impôt, intérêts moratoires et frais. L’action concrète: préparer un dossier de transfert (contrat de bail/achat, factures, scolarité, médecin, affiliations, attestations) et verrouiller la date. Enfin, ne négligez pas l’impôt fédéral direct et les déductions qui bougent l’aiguille. Les frais de garde, intérêts passifs déductibles, rachats LPP, et certains frais professionnels peuvent réduire le revenu imposable. Exemple: un couple à Berne avec 180’000 CHF de revenu imposable, deux enfants et 15’000 CHF de frais de garde, peut réduire sensiblement sa base imposable; combiné à un rachat LPP de 20’000 CHF et un 3a de 7’056 CHF par conjoint (si chacun est affilié), l’économie totale peut dépasser 10’000 CHF sur l’année selon barèmes. Le fil conducteur est simple et mesurable: avant la cotation, simulez trois scénarios (sans vente, vente partielle, vente + déménagement) avec (1) impôt sur le revenu, (2) impôt sur la fortune au 31.12, (3) AVS/charges sociales sur rémunérations en actions, et (4) optimisation 2e/3e pilier. Sur une opération où la valeur papier dépasse 1 à 5 millions, une préparation sérieuse permet fréquemment d’éviter ou de financer correctement une charge fiscale annuelle supplémentaire de 5’000 à 30’000 CHF, et de réduire l’impôt sur le revenu de 2’000 à 15’000 CHF via prévoyance et déductions—sans improvisation et sans risque de requalification.